A la fin du XVIIIème siècle, le Duc de la Rochefoucault-Liancourt, commandant un régiment de dragons, créa près de Compiègne une école pour les enfants de ses soldats (pupilles). Il leur donnait une éducation et un métier manuel. Napoléon 1er qui la visita, jugea qu’elle était parfaitement adaptée à l’industrie naissante. En 1806, il la déplaça dans des locaux mieux adaptés à Chalons-sur-Marne, puis décida de créer peu après à Angers une deuxième école sur le même modèle. Ces deux écoles fournirent de très bons ouvriers, qui bientôt se répandirent dans l’industrie et l’aidèrent à prendre son essor.
Leur importance fut si bien reconnue que le roi Louis-Philippe décida d’ouvrir une troisième école dans la partie sud de la France. Plusieurs villes se proposèrent de l’accueillir. Finalement l’action combinée d’Adolphe Thiers, député, et de François Aude, maire de la ville d’Aix-en-Provence, permit à cette ville d’héberger la nouvelle école.
Elle fut installée dans un ancien couvent, devenu hôpital pour les indigents, puis désaffecté. On construisit rapidement des ateliers. Le décret de création date de mai 1843. L’école accueillit ses premiers élèves le 2 octobre 1843.
L’école actuelle comprend essentiellement les anciens bâtiments qui datent de 1640 (ancien couvent et hôpital), les ateliers (fonderie et forge qui datent de la création de l’école), le Grand Amphithéâtre (1865), la halle d’usinage (avec une charpente métallique fin XIXe siècle) et un bâtiment de laboratoires (1965).
L’école a maintenant plus de cent soixante ans. Elle a formé plus de 15 000 ouvriers, puis contremaitres et enfin ingénieurs. Ils prirent de plus en plus d’importance dans l’industrie qui se développa largement au cours du XIXème siècle. Le niveau technique et théorique s’éleva au point qu’en 1907, le gouvernement promulgua une loi créant le diplôme d’ingénieur des Arts et Métiers.
L’enseignement portait au début sur les connaissances d’atelier (essentiellement ajustage, forge et fonderie) complétées par des connaissances théoriques, essentiellement le dessin industriel. Puis rapidement furent enseignées des connaissances théoriques : physique, mécanique, mathématiques, etc. Le contenu de ces enseignements suivit évidemment le développement de l’industrie et des connaissances, en particulier l’enseignement technique relatif aux machines thermiques, à l’hydraulique, à l’électricité, aux divers procédés de fabrication, etc. On y rajouta ultérieurement l’informatique, la gestion de projet, les langues étrangères, et généralement tout ce qui est la base de l’ingénieur actuel. Celui-ci étant quelqu’un qui conçoit et réalise, l’enseignement pratique s’appuie toujours sur un enseignement théorique. De plus, l’ingénieur travaillant toujours en équipe, les élèves sont regroupés de manière à apprendre à travailler de cette manière.
Cet enseignement fut d’abord dispensé sur trois années. Une quatrième année fut ajoutée en 1947. Puis, par relèvement du niveau d’entrée, il fut ramené à trois ans.
Les premiers enseignants étaient recrutés parmi les meilleurs ouvriers ou techniciens de leur époque et souvent parmi les compagnons. Les traditions de l’école sont encore imprégnées des traditions du compagnonnage : tutorat entre élèves, argot spécifique, usage des surnoms, et jusqu’au nom que les élèves donnent à l’école : KIN, prononcé Cayenne, qui pour les compagnons était le lieu où ils apprenaient et étaient hébergés pendant leur Tour de France.
Le tutorat prend au début l’aspect de festivités en commun, manière de ludique de transmettre les traditions de l’école, la plupart issues du compagnonnage, dont la principale est l’entraide et le respect d’autrui. Les élèves les plus anciens aident et conseillent les plus jeunes, souvent originaires des mêmes régions ou lycées. L’une des traditions est la fête de la Saint-Eloi, patron des orfèvres et de tous ceux qui travaillent les métaux, fête encore vivante dans le milieu industriel. Deux autres fêtes rythment l’année, le Baptême de la nouvelle promotion, qui marque l’intégration des élèves dans la longue suite des Gadzarts (anciens élèves) et la cérémonie des Cent Jours, qui termine l’année scolaire, au cours de laquelle la promotion sortante transmet symboliquement les « valeurs gadzarts » à la promotion qui la suit. Ces fêtes se concluent toujours des bals qui sont parmi les plus courus d’Aix et de la région.
Parmi les anciens élèves qui ont eu un destin national, voire international, on peut citer :